Baptême (extrait du Catéchisme du Concile de Trente)

Chapitre quinzième — Du Sacrement du Baptême

Ce que nous avons dit jusqu’ici des Sacrements en général, suffit pour faire comprendre combien il est nécessaire de savoir ce que la Foi catholique enseigne sur chaque Sacrement en particulier, si l’on veut être instruit comme il convient de la Doctrine chrétienne, et pratiquer la vraie piété. Il y a plus: quiconque lira Saint Paul avec un peu d’attention sera forcé de conclure qu’une connaissance parfaite du Baptême est absolument requise pour les Fidèles ; tant il rappelle souvent, en termes solennels et remplis de l’Esprit de Dieu, le souvenir de ce Mystère ! tant il en relève avec soin le côté divin, et s’efforce de le mettre sous nos yeux, pour nous y faire contempler et imiter la Mort, la Sépulture et la Résurrection de notre Rédempteur . C’est pourquoi les Pasteurs ne doivent jamais croire qu’ils ont trop fait, ou déployé trop de zèle, pour parler de ce Sacrement. Ils ne se contenteront pas d’en expliquer, à l’exemple de nos ancêtres, les divers mystères, la veille de Pâques ou de la Pentecôte, dans ces deux jours où l’Eglise autrefois avait coutume d’administrer ce Sacrement avec un respect si profond et des cérémonies solennelles, — ils devront encore saisir dans les autres temps toutes les occasions d’en dire quelque chose. Une des plus favorables sera la circonstance du Baptême à administrer à quelqu’un, et lorsqu’ils verront un certain nombre de personnes assister à cette cérémonie. Alors il leur sera facile, sinon de passer en revue tous les points qui se rapportent à ce Sacrement, du moins d’en développer un ou deux, avec d’autant plus de fruit que les Fidèles auront sous les yeux des rites sacrés, où ils verront exprimées d’une manière sensible les vérités qu’ils entendront, et qu’ils seront occupés à les contempler avec plus d’attention et de piété. De là il résultera que chacun, frappé de ce qui se fera pour un autre sous ses yeux, ne manquera pas de se rappeler les obligations qu’il a contractées lui-même avec Dieu au jour de son Baptême, et il sera amené à se demander si sa vie et ses mœurs sont bien celles que suppose et exige la profession de Chrétien.

§ I. — CE QUE C’EST QUE LE BAPTEME POUR LE NOM ET POUR LA CHOSE

Pour mettre de l’ordre et de la clarté en cette matière, il convient d’expliquer d’abord la nature et l’essence du Sacrement, après avoir donné toutefois le sens du mot lui-même.

Ce mot de Baptême est comme on le sait un mot grec, qui, dans les Saintes Ecritures, ne signifie pas seulement cette ablution qui est unie au Sacrement, mais encore toute sorte d’ablution, et quelquefois même la Passion. toutefois les Auteurs ecclésiastiques s’en servent pour exprimer, non une ablution corporelle quelconque, mais uniquement celle qui se fait dans le Sacrement, et qui, de plus. Est toujours accompagnée de la forme prescrite des paroles. C’est dans ce sens que les Apôtres l’ont employé très souvent, après Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Les Saints Pères ont encore donné au Baptême d’autres dénominations. Ainsi, parce que, en recevant le Baptême, on fait en même temps profession de toute la Foi chrétienne, Saint Augustin l’appelle le Sacrement de la Foi. et parce que la foi que nous professons dans le Baptême illumine nos cœur », d’autres lui ont donné le nom d’illumination. Souvenez-vous, dit l’Apôtre aux Hébreux, de ces premiers jours, où après avoir été illuminés, vous avez soutenu la grande épreuve des afflictions. Saint Paul parle évidemment du temps où les Hébreux avaient reçu le Baptême. Saint Jean Chrysostome, dans un discours qu’il prononça devant les Catéchumènes, l’appelle encore, tantôt sépulture, plantation, croix de Jésus-Christ. Expressions dont il est facile de trouver la raison dans l’Epître aux Romains. Enfin Saint Denys le nomme le principe des saints Commandements, parce qu’il est comme la porte par laquelle on entre dans la Société chrétienne, et que c’est par ce Sacrement que l’on commence à obéir aux préceptes divins. Voilà en peu de mots ce que l’on pourra dire sur le nom de Baptême.

Quant à la définition de la chose, on peut en trouver plusieurs dans les Auteurs ecclésiastiques. La plus juste et la plus convenable est celle qui se tire des paroles de Notre-Seigneur dans Saint Jean, et de l’Apôtre dans l’Epître aux Ephésiens. Quand le Sauveur dit: Celui qui ne sera pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, ne pourra pas entrer dans le Royaume de Dieu ; lorsque l’Apôtre, parlant de l’Eglise, nous enseigne que Jésus-Christ l’a purifiée par l’eau dans la parole ; n’en résulte-t-il pas que le Baptême peut très bien et avec justesse se définir le Sacrement de la Régénération dans l’eau par la parole ? Par la nature, nous naissons d’Adam, et nous naissons enfants de colère ; mais par le Baptême nous renaissons en Jésus-Christ, comme enfants de la miséricorde, car Dieu a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à tous les hommes qui croient en son nom, qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de. la volonté de l’homme, mais de Dieu.

Au reste, quelles que soient les expressions que l’on emploie pour définir le Baptême et l’expliquer, ce qu’il faut apprendre au peuple, c’est que ce Sacrement consiste dans une ablution à laquelle doivent nécessairement s’unir les paroles solennelles que Notre-Seigneur a déterminées et fixées Lui-même. Ainsi l’ont toujours enseigné les Saints Pères ; et Saint Augustin en particulier l’affirme de la manière la plus formelle et la plus nette: La parole, dit-il, s’unit à l’élément, et le Sacrement existe. Les Fidèles ont besoin d’être parfaitement instruits sur ce point. Autrement, ils pourraient tomber dans cette erreur assez commune, et qui consiste à croire que l’eau conservée dans les Fonts baptismaux pour l’administration du Sacrement est le Sacrement lui-même. Le Baptême n’existe que lorsque l’on verse l’eau sur quelqu’un, en prononçant au même moment les paroles instituées par Notre-Seigneur.

Nous avons dit, en traitant des Sacrements en général, que chacun d’eux se compose de la matière et de la forme. Les Pasteurs auront donc soin de bien faire connaître la matière et la forme du Baptême.

La matière, ou l’élément de ce Sacrement, c’est toute espèce d’eau naturelle, eau de mer, de rivière, de marais, de puits, de fontaine, en un mot tout ce qui porte simplement le nom d’eau, et rien de plus. En effet notre Sauveur a dit: Celui qui ne sera pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, ne pourra pas entrer dans le Royaume de Dieu. Saint Paul enseigne que l’Eglise a été purifiée par l’eau. Et nous lisons aussi dans Saint Jean: qu’il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre, l’esprit, l’eau et le sang. Plusieurs autres endroits de l’Ecriture renferment la même vérité.

S. Jean-Baptiste, il est vrai, disait que notre Seigneur viendrait, et qu’Il baptiserait dans le Saint-Esprit et dans le feu. Mais ces paroles ne doivent nullement s’entendre de la matière du Baptême. Il faut les rapporter à l’effet intérieur que le Saint-Esprit opère dans l’âme, ou plutôt au miracle qui se manifesta le jour de la Pentecôte , lorsque le Saint-Esprit descendit du ciel sur les Apôtres, sous la forme du feu, miracle que Notre-Seigneur leur avait prédit, en disant: Jean a baptisé. dans l’eau, mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit.

C’est également cette matière de notre Sacrement que Dieu, selon les Saintes Ecritures, a voulu exprimer par des figures, et par les oracles des Prophètes. Ainsi le Déluge qui purifia la terre, parce que la malice des hommes était à son comble, et que toutes leurs pensées étaient tournées vers le mal, le Déluge était une figure et une image de l’eau du Baptême. C’est le témoignage formel du Prince des Apôtres, dans sa première épître. et Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, leur déclare que le passage de la mer Rouge avait la même signification. Et nous ne parlons pas de l’ablution du Syrien Naaman, ni de la vertu miraculeuse de la piscine probatique, ni de plusieurs autres choses de ce genre dans lesquelles il est facile d’apercevoir autant de symboles de ce Mystère.
Quant aux Prophètes qui l’avaient annoncé, personne ne peut en douter. Et ces eaux auxquelles le Prophète Isaïe invite avec tant de zèle tous ceux qui ont soif et celles qu’Ezéchiel voyait en esprit sortir du temple , et cette fontaine que Zacharie montrait dans l’avenir à la maison de David, et aux habitants de Jérusalem, comme une source préparée pour purifier le pécheur et la femme impure, toutes ces eaux excellentes n’étaient-elles pas la figure et le signe de l’eau salutaire du Baptême ?

Au reste, la nature même et la vertu de ce Sacrement demandaient que l’eau en fût la matière propre. Saint Jérôme, écrivant à Océanus , le démontre très bien, et par de nombreuses raisons.

Mais les Pasteurs, traitant le même sujet, enseigneront avant tout aux Fidèles que ce Sacrement étant absolument nécessaire à tous sans aucune exception, pour obtenir la Vie éternelle, rien n’était plus indiqué ni plus convenable, pour en devenir la matière, que l’eau, qui se trouve partout et que l’on peut se procurer si facilement. Au surplus l’eau représente admirablement l’effet du Baptême. Elle lave les souillures du corps, et par là elle exprime très bien l’action et l’efficacité de ce Sacrement sur l’âme, qu’il purifie de ses péchés. Enfin l’eau a la propriété de rafraîchir les corps, comme le Baptême a la vertu d’éteindre en grande partie l’ardeur des passions.

Mais si l’eau naturelle et sans aucun mélange est une matière suffisante pour administrer le Baptême dans tous les cas de nécessité, cependant c’est un usage constant dans l’Eglise catholique, fondé sur la tradition des Apôtres, d’ajouter à l’eau le saint Chrême, quand on donne ce Sacrement avec les cérémonies prescrites ; ce qui en représente plus clairement encore les effets. Le peuple doit savoir également que, si dans la nécessité, on peut employer une eau dont on doute si elle est telle que le Sacrement l’exige, c’est cependant une vérité incontestable que jamais et pour aucune cause le Baptême ne peut exister, s’il n’est administré avec de l’eau naturelle.

Après avoir expliqué la première des deux choses qui constituent le Baptême, c’est-à-dire la matière, les Pasteurs n’auront pas moins de zèle pour instruire les Fidèles de la forme, seconde partie du Sacrement, tout aussi indispensable que l’autre. Ils devront même apporter à ces explications un soin et un labeur d’autant plus soutenus, que la connaissance d’un aussi saint Mystère n’est pas seulement propre à donner par elle-même à leurs peuples une vive satisfaction — effet ordinaire de la science des choses de Dieu — mais qu’elle est encore infiniment désirable, à cause de l’usage presque journalier qu’on est obligé d’en faire. Il arrive souvent en effet, comme nous le verrons plus tard, et plus en détail, que des gens du peuple, et presque toujours de simples femmes, sont obligés d’administrer le Baptême. C’est donc une chose nécessaire d’apprendre et d’expliquer à tous les Fidèles sans exception, et d’une manière bien exacte, tout ce qui tient à l’essence de ce Sacrement.

Ainsi les Pasteurs enseigneront, en termes très clairs et à la portée de tous, que la forme essentielle et parfaite du Baptême est dans ces mots: Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. C’est en ces termes en effet qu’elle fut donnée par Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Dieu, lorsqu’Il dit formellement à ses Apôtres Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Par ce mot : baptisez, l’Eglise catholique, inspirée de Dieu, a toujours compris que dans la forme de ce Sacrement, il fallait exprimer l’action du ministre. Et c’est ce que l’on fait, en disant: Je te baptise. Mais, outre les ministres, il fallait encore exprimer et la personne qui reçoit le Baptême, et la cause principale qui produit le Sacrement. Voilà pourquoi l’on ajoute le mot: te, et le nom de chacune des trois Personnes de la Sainte Trinité. De sorte que la forme entière et complète du Sacrement est renfermée dans ces paroles que nous venons de citer: Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ce n’est pas en effet la Personne seule du Fils qui opère l’effet de ce Sacrement, quoique Saint Jean dise: c’est Lui qui baptise , mais ce sont les trois Personnes de la Sainte Trinité ensemble. Et si l’on dit: Au nom, et non pas, dans les noms, c’est pour marquer qu’il n’y a qu’une seule nature et une seule divinité dans la Trinité. Ce mot ne se rapporte donc point aux Personnes ; il désigne la substance, la vertu, la puissance divine qui est une et la même dans les trois Personnes.

Dans cette forme que nous venons de donner, comme entière et parfaite, il y a des mots tellement nécessaires que l’on ne pourrait les supprimer sans détruire la validité du Sacrement, mais il y en a d’autres qui ne sont point aussi essentiels, et dont l’omission n’empêche point la validité. De ce nombre est (dans la langue latine) le mot ego, dont le sens est renfermé dans le verbe baptizo. Il y a plus ; les Eglises Grecques ont varié la tournure, et sont dans l’usage de supprimer complètement ce pronom, persuadées qu’il n’était pas nécessaire de faire mention du ministre. Ainsi, dans ces Eglises, on se sert généralement de cette forme: Que le serviteur de Jésus-Christ soit baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ces paroles suffisent pour que le Sacrement soit conféré validement ; le Concile de Florence en a ainsi décidé. Et en effet, elles expriment assez clairement la vraie propriété de ce Sacrement, c’est-à-dire l’ablution qui se fait réellement quand on les prononce.

Si l’on est obligé d’avouer qu’à un moment donné les Apôtres baptisaient seulement au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons tenir pour certain qu’ils ne l’ont fait que par l’inspiration du Saint-Esprit. Dans ces commencements de l’Eglise, ils voulaient donner plus d’éclat à leur prédication par le nom de Jésus-Christ, et faire connaître davantage sa puissance divine et sans bornes. D’ailleurs, en examinant la chose à fond, on voit bientôt qu’il ne manque rien à cette formule de ce qui a été prescrit par notre Sauveur Lui-même. En effet dire Jésus-Christ c’est dire par là même la Personne du Père de qui Il a reçu l’onction sacrée, et la Personne du Saint-Esprit par lequel Il l’a reçue.

Au reste il est très permis de douter que les Apôtres aient conféré le Baptême de cette manière. Saint Ambroise, Saint Basile et plusieurs autres Pères d’une sainteté et d’une autorité considérables, croient que ce Baptême donné au nom de Jésus-Christ, n’est autre chose que le Baptême institué par Jésus-Christ, et qu’il fut ainsi appelé pour le distinguer du Baptême de Jean, sans qu’il s’ensuive que les Apôtres se soient écartés pour le conférer de la forme ordinaire et commune, qui exprime distinctement les trois Personnes. Saint Paul semble se servir de la même manière de parler dans son épître aux Galates: Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ. Que signifient ces paroles, sinon que les Galates avaient été baptisés dans la Foi de Jésus-Christ, mais non avec une formule différente de celle que notre Dieu et Sauveur avait Lui-même prescrite ?

Ce que nous venons de dire suffit pour instruire les Fidèles sur la matière et la forme, ces deux parties si importantes de l’essence même du Baptême. Mais pour produire le Sacrement, il y a une manière d’employer l’eau — manière déterminée par l’Eglise — dont il n’est pas permis de s’écarter. Les Pasteurs auront donc soin de donner la doctrine sur ce point, et d’expliquer en peu de mots l’usage et la pratique de l’Eglise. Elle admet trois manières de baptiser: ou bien en plongeant dans l’eau ceux que l’on baptise, ou bien en versant l’eau sur eux, ou enfin en les arrosant par aspersion. Mais de ces trois rites, quel que soit celui qu’on suive, il est certain que le Baptême est valide. L’eau n’est employée dans le Baptême que pour signifier l’ablution intérieure de l’âme, que ce Sacrement opère. Voilà pourquoi Saint Paul l’appelle un bain. Or il y a également ablution, soit qu’on plonge dans l’eau, comme on le fit longtemps dans les premiers siècles de l’Eglise ; soit qu’on verse l’eau, comme c’est aujourd’hui l’usage général ; soit enfin qu’on fasse seulement une aspersion, comme Saint Pierre, dit-on, lorsqu’il convertit et baptisa en un seul jour trois mille personnes.

Peu importe d’ailleurs que l’on fasse une ou trois ablutions. Saint Grégoire le Grand, écrivant à Léandre, dit que le Baptême s’est donné dans l’Eglise, et peut se donner de deux manières. néanmoins les fidèles devront observer le rite en usage dans leurs églises particulières.

Mais il faut avoir grand soin d’apprendre au peuple que l’eau doit être versée, non sur une partie quelconque du corps, mais principalement sur la tête, parce que la tête est comme le siège où aboutissent tous les sens intérieurs et extérieurs. De plus, les paroles de la forme du Sacrement doivent être prononcées non pas avant ou après l’ablution, mais dans le moment même où cette ablution se fait et par celui-là même qui la fait.

§ II. — DE L’INSTITUTION DU BAPTEME

Après ces explications, il importe d’enseigner — et de rappeler aux Fidèles — que le Baptême, comme tous les autres Sacrements, a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais ce qu’il faut expliquer souvent et avec soin, c’est que pour le Baptême, il y a deux choses bien différentes à distinguer: d’une part le temps précis où Notre-Seigneur l’institua, et de l’autre celui où l’obligation de le recevoir a été imposée à tous.

Et d’abord, en ce qui regarde le premier objet, il apparaît clairement que ce Sacrement fut institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsque recevant Lui-même le Baptême par le ministère de Jean, Il voulut bien donner à l’eau la vertu de nous sanctifier. Saint Grégoire de Nazianze et Saint Augustin nous assurent que ce fut en ce moment-là même que l’eau reçut la vertu de nous régénérer pour la vie spirituelle. nous lisons dans Saint Augustin: Depuis que Jésus-Christ a été plongé dans l’eau, l’eau a le pouvoir d’effacer tous les péchés. Et encore: Le Seigneur s’est fait baptiser, non qu’Il eût besoin d’être purifié, mais pour purifier l’eau au contact de sa Chair sans tache, et pour lui communiquer la vertu de nous purifier ensuite.

Mais ce qui nous fournit une preuve sans réplique de cette vérité, c’est que, à ce moment solennel, la Sainte Trinité tout entière, au nom de laquelle on confère le Baptême, manifesta sa présence. On entendit la voix du Père, le Fils était là en personne, et le Saint-Esprit descendit en forme de colombe. De plus les cieux s’ouvrirent, comme ils s’ouvrent pour nous par le Baptême.

Que si quelqu’un demande pourquoi il a plu à notre Seigneur d’attribuer à l’eau une vertu si admirable et si divine, il faut répondre que cela dépasse notre intelligence.

Mais ce que nous pouvons comprendre d’une manière suffisante, c’est que, notre Sauveur s’étant fait baptiser, l’eau, en touchant sa Chair très sainte et très pure, se trouva consacrée à l’usage de ce Sacrement. Mais nous ne devons pas perdre de vue que pour avoir été institué avant la Passion, le Baptême ne laissa pas d’en tirer toute sa vertu et toute son efficacité, parce que la Passion était comme la fin à laquelle le Rédempteur rapportait toutes ses actions.
Quant au temps où l’obligation de recevoir le Baptême a été imposée à tous, il ne peut y avoir aucun doute. Les Auteurs ecclésiastiques conviennent que lorsque notre Seigneur, après sa Résurrection, dit à ses Apôtres: Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, au même moment, l’obligation de recevoir le Baptême fut imposée à tous les hommes qui voudraient se sauver. Cette conclusion peut se tirer également de ces paroles si autorisées du Prince des Apôtres: Il nous a fait renaître à l’espérance de la nie par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts ; et aussi de ces paroles de Saint Paul, qui, en parlant de l’Eglise, s’exprime ainsi: Il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le Baptême de l’eau dans la parole de vie. tous les deux, en effet, semblent rapporter l’obligation du Baptême au temps qui suivit la mort du Sauveur, de sorte que ces paroles de Jésus-Christ: Celui qui ne renaîtra point de l’eau et de l’esprit, ne pourra entrer dans le Royaume de Dieu, s’appliquent évidemment au temps qui devait suivre sa Passion.

Si les Pasteurs ont soin de traiter ce sujet comme il convient, il est impossible que les Fidèles ne reconnaissent point l’excellence et la dignité du Baptême, et ne conçoivent point des sentiments profonds de vénération et de reconnaissance pour un bienfait si admirable et si étonnant, surtout s’ils veulent réfléchir que les effets miraculeux, qui se manifestèrent au Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ, se produisent intérieurement par la vertu du Saint-Esprit dans l’âme de tous ceux qui reçoivent le Baptême. Et de fait, si, comme il arriva au serviteur d’Elisée, nos yeux pouvaient s’ouvrir de manière à voir les choses célestes, il n’est personne assez dépourvu de sens commun, pour ne pas être saisi d’admiration en présence des divins mystères du Baptême. Mais pourquoi n’en serait-il pas de même, si les Pasteurs exposaient toutes les richesses de ce Sacrement avec une clarté si parfaite que les Fidèles fussent capables de les contempler, sinon avec les yeux du corps, du moins avec les yeux de l’esprit éclairé par la Foi ?

§ III. — DES MINISTRES DU BAPTEME

Voyons maintenant quels sont les Ministres de ce Sacrement. non seulement il est utile, mais il est nécessaire de le dire, d’une part, afin que ceux qui sont chargés de cette fonction, s’appliquent à la remplir saintement et avec piété ; de l’autre, afin que personne ne sorte des limites de ses attributions, et ne cherche à s’introduire à contretemps, ou à pénétrer avec insolence sur le terrain d’autrui. Car, dit l’Apôtre, il faut garder l’ordre en toutes choses.

Les Fidèles doivent donc savoir qu’il y a trois classes de Ministres du Baptême. A la première appartiennent les Evêques et les Prêtres, qui exercent ce ministère de plein droit, et non en vertu d’un pouvoir extraordinaire. C’est aux Evêques que Notre-Seigneur a dit dans la personne des Apôtres: Allez, baptisez ! et si, dès les premiers temps, ils ont pris l’habitude de laisser aux Prêtres l’administration du Baptême, c’était uniquement pour ne pas être obligés d’abandonner la charge plus importante encore de la prédication. Quant aux Prêtres, la doctrine des Pères et l’usage constant de l’Eglise attestent qu’ils exercent cette Fonction en vertu d’un droit qui leur est tellement propre, qu’ils peuvent baptiser même en présence de l’Evêque. Et de fait, puisqu’ils étaient établis pour consacrer l’Eucharistie qui est le Sacrement de la paix et de l’unité, il était tout naturel qu’ils reçussent en même temps le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire pour mettre les hommes en participation de cette paix et de cette unité. Et si quelques Pères ont pu dire que les Prêtres n’avaient pas le droit de baptiser sans la permission de l’Evêque, cela doit s’entendre seulement du Baptême que l’on avait coutume d’administrer plus solennellement à certains jours de l’année.

La seconde classe est celle des diacres. Mais ils ne peuvent baptiser qu’avec le consentement de l’Evêque, ou du Prêtre. De nombreux textes des Pères ne laissent aucun doute sur ce point.

En troisième et dernier lieu, viennent ceux qui dans le cas de nécessité, peuvent administrer ce Sacrement, sans les cérémonies habituelles. De ce nombre sont tous les humains, hommes ou femmes, même les derniers du peuple et de quelque religion qu’ils soient. En effet, Juifs, infidèles, hérétiques, quand la nécessité l’exige, tous peuvent baptiser, pourvu qu’ils aient l’intention de faire ce que fait l’Eglise, en administrant ce Sacrement. Ainsi l’avaient déjà décidé plusieurs fois les Pères et les anciens Conciles. Mais la sainte Assemblée de Trente vient au surplus de prononcer l’anathème contre tous ceux qui oseraient soutenir que le Baptême donné par les hérétiques au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Eglise, n’est pas un Baptême valide et véritable.

Et certes, c’est là pour nous une belle occasion d’admirer la Bonté parfaite et l’infinie Sagesse de notre Dieu. Parce que le Baptême est nécessaire à tous, Il a choisi et institué pour matière de ce Sacrement l’eau, que l’on trouve partout, et en même temps II n’a voulu refuser à personne le pouvoir de l’administrer. Seulement, comme nous l’avons déjà dit, tous n’ont pas le droit de le conférer avec les cérémonies établies par l’Eglise ; non que ces rites et ces cérémonies soient quelque chose de plus auguste que le Sacrement lui-même, mais parce qu’elles sont moins nécessaires.

Au reste, s’il est permis à tous de baptiser, les Fidèles ne doivent point s’imaginer pour cela que les convenances n’obligent pas à établir un certain ordre parmi les divers Ministres de ce Sacrement. Une femme, par exemple. ne doit pas se permettre d’administrer le Baptême, s’il y a un homme présent ; ni un Laïque, s’il y a un Clerc ; ni un Clerc s’il y a un Prêtre. Cependant les sages-femmes qui sont accoutumées à baptiser ne sont nullement répréhensibles, si dans certains cas, et en présence d’un homme qui ne sait pas conférer ce Sacrement, elles se chargent elles-mêmes de cette fonction, qui dans d’autres circonstances semble convenir beaucoup mieux à l’homme.

§ IV. — DES PARRAINS ET MARRAINES

Outre ces différents Ministres qui peuvent, comme nous venons de le dire, administrer le Baptême, il en est d’autres qu’un usage très ancien de l’Eglise catholique fait concourir à la cérémonie de la sainte et salutaire Ablution. Ce sont ceux que nous appelons aujourd’hui Parrains, et que les auteurs ecclésiastiques appelaient communément autrefois receveurs, répondants, ou cautions. Comme ces sortes de Fonctions peuvent être remplies par presque tous les laïques, les Pasteurs devront les passer en revue avec soin, afin que les Fidèles sachent bien ce qu’il faut faire pour les remplir convenablement.

Avant. tout, il sera nécessaire d’expliquer pour quelles raisons on a joint aux Ministres du Sacrement des Parrains et des répondants. Et cette raison paraîtra très juste et très sage à tous ceux qui voudront se souvenir que le Baptême est une régénération spirituelle, par laquelle nous naissons véritablement enfants de Dieu. C’est ainsi que l’enseigne Saint Pierre: Comme des enfants nouvellement nés, désirez le lait spirituel, et pur de tout mélange.
Dès qu’un enfant a vu le jour, il a besoin des secours et des soins d’une nourrice et d’un maître, pour s’élever d’abord, et ensuite pour s’instruire dans les sciences et dans les arts. Ainsi ceux qui commencent à vivre de la vie spirituelle puisée aux Fonts du Baptême, ont besoin d’être confiés à une personne remplie de Foi et de prudence, capable de les instruire des préceptes de la religion chrétienne, de les former à la pratique de toutes les Vertus, et de les faire croître peu à peu en Jésus-Christ, jusqu’à ce qu’ils deviennent, avec la Grâce de Dieu, des hommes (des Chrétiens) parfaits.

Et cela est d’autant plus nécessaire que les Pasteurs chargés de la conduite des Paroisses, n’ont généralement pas assez de loisir pour se charger du soin d’instruire les enfants en particulier sur les éléments de la Foi. Saint Denys nous a laissé un témoignage remarquable de l’ancienneté de cet usage: Nos divins Maîtres, dit-il, car c’est ainsi qu’il appelle les Apôtres, ont eu la pensée, et ont jugé à propos de donner des répondants aux enfants, conformément à cette sainte coutume qui porte les parents naturels à choisir pour leurs enfants des personnes éclairées dans les choses de Dieu, capables de leur tenir lieu de maîtres, et sous la direction desquels ces enfants doivent passer le reste de leur vie, comme sous les auspices d’un père spirituel, et du gardien de leur salut. Le Pape Hygin dit la même chose, et son autorité confirme notre doctrine.

C’est donc avec une profonde sagesse que la sainte Eglise a décrété que les liens de l’affinité spirituelle existeraient non seulement entre celui qui baptise et celui qui est baptisé, mais encore entre le Parrain, son Filleul. Et les Parents de ce dernier. De sorte qu’il ne peut y avoir de légitime mariage entre ces différentes personnes, et que si par hasard un mariage était contracté dans ces conditions, il serait nul de plein droit.

Puis il faudra instruire les Fidèles sur les obligations des Parrains ; on s’acquitte aujourd’hui de ce devoir avec tant de négligence, qu’il ne reste plus de cette charge que le nom. On ne paraît même pas soupçonner qu’elle renferme quelque chose de sacré. Or, en général, les Parrains ne doivent jamais perdre de vue qu’ils ont contracté l’obligation spéciale et rigoureuse de considérer dans leurs enfants spirituels des personnes confiées pour toujours à leurs soins, de les former avec un grand zèle à toutes les pratiques de la Vie chrétienne, et de faire tous leurs efforts pour les engager à remplir fidèlement, pendant leur vie, ce qu’ils ont si solennellement promis pour eux au Baptême. Ecoutons là-dessus saint Denys. Voici ce qu’il fait dire à un répondant (au Parrain): Je promets d’exhorter et d’engager soigneusement cet enfant, lorsqu’il sera en âge de comprendre la Religion, à renoncer à tout ce qui est contraire au bien, à professer et à remplir exactement les promesses qu’il fait maintenant à Dieu. — Vous tous, s’écrie à son tour saint Augustin , hommes et femmes qui avez reçu des enfants au Baptême, je vous en avertis, surtout n’oubliez pas que vous êtes devenus auprès de Dieu les cautions de ceux qu’on vous a vus recevoir sur les Fonts sacrés. Et en effet n’est-il pas bien juste que celui qui s’est chargé d’un emploi, ne se lasse jamais de s’en acquitter avec exactitude, et que celui qui a promis publiquement d’être le maître et le guide d’un autre, ne se permette point d’abandonner celui qu’il a pris sous sa garde et sous sa protection, tant qu’il sait que ce dernier a besoin de ses services et de son appui ? — Mais quels sont les enseignements que les Parrains doivent donner à leurs Filleuls ? Saint Augustin nous le dit en peu de mots, en traitant de leurs obligations. Ils doivent les avertir de garder la chasteté, d’aimer la justice, de conserver la charité, et leur apprendre le plus tôt possible, et avant tout le reste, le symbole, l’Oraison Dominicale, le Décalogue et les premiers Principes de la Religion chrétienne.

D’après cela, il est facile de voir à quelles personnes on ne doit point confier la direction de cette sainte tutelle. Ce sont toutes celles qui ne veulent pas, ou qui ne peuvent pas s’en acquitter fidèlement et avec zèle. D’abord le père et la mère sont exclus. Il ne leur est pas permis d’être les Parrains de leurs enfants. L’Eglise veut nous faire comprendre par là combien l’éducation spirituelle diffère de l’éducation selon la chair. Ensuite, on ne doit jamais confier cette fonction aux hérétiques, aux Juifs, aux infidèles, puisqu’ils ne pensent et ne cherchent qu’à obscurcir la vérité de la Foi par leurs mensonges, et à détruire toute la piété chrétienne.

Le Concile de Trente défend également de faire tenir le même enfant sur les Fonts du Baptême par plusieurs Parrains ou Marraines. On doit se borner à un seul Parrain, ou à une seule Marraine, ou du moins prendre seulement l’un et l’autre. Et en voici la double raison: D’une part la multitude des maîtres pourrait introduire de la confusion dans la direction et l’instruction des enfants, de l’autre il était bon de restreindre les affinités provenant de ce chef, entre un trop grand nombre de personnes, pour ne point gêner le développement des alliances dans la société par légitime mariage.

 

Chapitre seizième — Suite du sacrement du Baptême

§ I. — NECESSITE DU BAPTEME

Ce que nous avons dit jusqu’ici de ce Sacrement est très utile à connaître pour les Fidèles. Mais ce qu’il est absolument nécessaire de ne pas leur laisser ignorer, c’est que Notre-Seigneur a fait à tous les hommes une loi de se faire baptiser, loi si rigoureuse que ceux qui ne seraient pas régénérés en Dieu par la grâce de ce Sacrement, ne viendraient au monde que pour leur malheur et leur perte éternelle, que leurs parents d’ailleurs fussent chrétiens ou païens. C’est pourquoi les Pasteurs ne sauraient expliquer trop souvent ces paroles de l’Evangile. Si quelqu’un n’est pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume des cieux.

Et cette loi ne regarde pas seulement les adultes, l’autorité et les témoignages des Pères établissent qu’elle atteint même les petits enfants, et que l’Eglise l’a reçue de la tradition apostolique. D’ailleurs, est-il possible de croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ eût refusé aux enfants le sacrement et la grâce du Baptême, Lui qui disait: Laissez les petits enfants, et ne tes empêchez pas de venir n moi, parce que le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent ; Lui qui les embrassait, qui leur imposait les mains, et les bénissait ?

Nous lisons que Saint Paul baptisa un jour une famille tout entière. Or n’est-il pas assez naturel de supposer que les enfants qui faisaient partie de cette famille furent également purifiés par cette eau salutaire ?

La Circoncision qui était la figure du Baptême apporte aussi son témoignage, et un témoignage considérable, en faveur du Baptême des enfants. En effet, personne n’ignore que l’on avait coutume de donner la Circoncision aux enfants le huitième jour après leur naissance. Or, puisque la Circoncision, qui dépouille la chair par la main des hommes , était utile à ces enfants, pourquoi le Baptême, qui est la circoncision spirituelle de Jésus-Christ, ne produirait-il pas en eux ses effets ?

Enfin, comme l’enseigne l’Apôtre , si la mort a régné par un seul, et par le péché d’un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l‘abondance de la Grâce et du don de la Justice, doivent régner dans la vie par un seul qui est Jésus-Christ. Or les enfants, par le péché d’Adam, ont contracté la tache originelle ; à plus forte raison donc peuvent-ils recevoir la Grâce et la Justice par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour régner dans la vie ; ce qui est absolument impossible sans le Baptême.

C’est pourquoi les Pasteurs enseigneront qu’il est de toute nécessité de baptiser les enfants, et ensuite de les former peu à peu dés l’âge le plus tendre, et par les préceptes de la Religion chrétienne, à la pratique de la vraie piété. Car, comme le Sage l’a très bien dit: Le jeune homme, même quand il aura vieilli, ne quittera point la voie qu’il aura suivie dans sa jeunesse. On ne peut douter que les enfants, au moment où ils reçoivent le Baptême, ne reçoivent en même temps le don mystérieux de la Foi ; non pas qu’ils croient par l’adhésion de leur intelligence, mais parce qu’ils sont comme revêtus et imprégnés de la Foi de leurs Parents, si leurs Parents sont croyants, ou s’ils sont infidèles, de la Foi de toute la société des Saints. (C’est la parole même de Saint Augustin). Car on peut dire avec vérité que les enfants sont présentés au Baptême par tous ceux qui désirent les y voir présenter, et dont la charité les fait admettre dans la Communion du Saint-Esprit.

Il faut donc engager fortement les Fidèles à porter leurs enfants à l’Eglise, et à les faire baptiser avec les cérémonies consacrées, dès qu’ils pourront le faire sans danger. Les enfants n’ont pas d’autre moyen de salut que le Baptême. Ce serait une faute, et une faute grave, de les laisser dans la privation de la grâce de ce Sacrement plus longtemps que la nécessité ne l’exige. Et il ne faut pas oublier que la faiblesse de leur âge les expose à une infinité de périls mortels.

Quant aux adultes qui ont le parfait usage de leur raison, et qui sont nés de parents infidèles, la conduite à tenir est toute différente. Selon la coutume de la primitive Eglise, il faut les instruire d’abord des vérités de la Foi chrétienne, et puis les exhorter, les exciter, les inviter avec la plus grande ardeur à l’embrasser. S’ils se convertissent au Seigneur, on les avertira de ne pas différer à recevoir le Baptême au-delà du temps prescrit par l’Eglise. Car il est écrit: ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour. Il faut leur apprendre que la conversion complète ne se trouve que dans la régénération baptismale. Que plus ils viendront tard au Baptême, plus longtemps aussi ils demeureront privés de l’usage et de la grâce des autres Sacrements, qui sont l’âme, en quelque sorte, de toute la Religion chrétienne, puisque le Baptême seul ouvre les portes qui conduisent jusqu’à eux ; enfin qu’ils renonceraient également aux avantages immenses que ce premier Sacrement renferme. C’est qu’en effet l’eau salutaire du Baptême efface et détruit les taches et les souillures de tous les péchés commis auparavant, en même temps qu’elle orne notre âme de cette Grâce divine dont le secours et la force nous font désormais éviter le mal et conserver la justice et l’innocence, — deux choses dans lesquelles se résume toute la Vie chrétienne, comme il est facile de le voir.

Malgré cela l’Eglise n’est pas dans l’usage de donner le Baptême aux adultes aussitôt après leur conversion. Elle veut au contraire qu’on le diffère un certain temps. Ce retard n’entraîne point pour eux les dangers qui menacent les enfants, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Comme ils ont l’usage de la raison, le désir et la résolution de recevoir le Baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchait de se purifier dans les Fonts salutaires. Au contraire, ces retards ont bien leur utilité. Puisque l’Eglise est chargée de veiller, et avec la plus grande sollicitude, à ce que personne ne s’approche de ce Sacrement par un esprit de dissimulation et d’hypocrisie, elle connaît et apprécie mieux, en différant le Baptême, la sincérité de ceux qui le demandent. Voilà pourquoi les anciens Conciles avaient décrété que les Juifs qui se convertiraient à la Foi catholique, resteraient pendant plusieurs mois au rang de simples Catéchumènes, avant d’être admis à recevoir le Baptême. D’un autre côté ce retard permet d’instruire les Adultes d’une manière plus parfaite des règles de la Vie chrétienne, et des principes de la Foi dont ils doivent faire profession. Enfin on rend à ce Sacrement tout l’honneur qu’il mérite, en le recevant d’une manière solennelle, et avec les cérémonies de l’Eglise, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte.

Cependant il y a quelquefois des raisons graves et même nécessaires de ne pas différer le Baptême aux Adultes, par exemple s’ils se trouvent en danger de mort, ou s’ils sont parfaitement instruits des Mystères de la Foi. C’est ce que firent Saint Philippe et le prince des Apôtres. Saint Philippe baptisa le serviteur de la reine d’Ethiopie, et Saint Pierre le centurion Corneille, l’un et l’autre sans aucun retard, et dès qu’ils eurent déclaré qu’ils étaient prêts à embrasser la Foi.

§ II. — DES DISPOSITIONS NECESSAIRES POUR RECEVOIR LE BAPTEME

Il faut aussi apprendre au peuple, et bien lui expliquer quelles doivent être les dispositions de ceux qui se présentent au Baptême. La première de toutes, c’est le désir et la volonté ferme d’être baptisés. Puisque par le Baptême on meurt au péché, et on embrasse une vie nouvelle, et des principes nouveaux, il est juste de ne le conférer à qui que ce soit malgré lui, et de ne le donner qu’à ceux qui l’acceptent volontairement et avec plaisir. La tradition nous apprend que la coutume a toujours existé de demander à celui que l’on va baptiser s’il a la volonté de l’être. Et il ne faut pas penser que cette volonté manque, même chez les plus jeunes enfants, puisque l’Eglise répond pour eux, et que sa propre volonté à cet égard est bien évidente.

Les insensés et les fous qui ont joui quelque temps de leur bon sens, et l’ont perdu ensuite, ne peuvent pas avoir dans cet état la volonté de recevoir le baptême. Ils ne doivent donc pas être baptisés, à moins qu’ils ne soient en danger de mort. Car dans ce cas il faut les baptiser, pourvu toutefois qu’ils aient manifesté le désir de recevoir ce Sacrement avant de tomber en démence. Dans le cas contraire, on ne doit pas les baptiser. Il en est de même de ceux qui sont en enfance. S’ils n’ont jamais joui de leur bon sens, s’ils n’ont jamais eu l’usage de leur raison, la coutume et l’autorité de l’Eglise demandent qu’on les baptise comme les enfants qui viennent de naître.

Mais outre le désir formel du Baptême que doivent avoir ceux qui sont raisonnables, la Foi leur est également nécessaire pour recevoir la grâce du Sacrement, et nécessaire au même titre que la volonté. Car ce n’est pas sans motif que Notre-Seigneur a dit: Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. De plus il faut qu’ils aient un repentir sincère de tous leurs péchés, de toute leur mauvaise conduite antérieure, et une ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir. Celui qui demanderait le Baptême, sans avoir la volonté bien arrêtée de corriger, ses habitudes coupables, devrait être absolument écarté. Rien n’est plus opposé à la grâce et aux effets du Baptême que les dispositions et les sentiments d’un pécheur qui ne veut mettre aucun terme à ses désordres. Puisqu’on ne désire ce Sacrement que pour revêtir Jésus-Christ, et pour s’unir à Lui, c’est donc un devoir indispensable d’éloigner de l’Ablution sacrée celui qui se propose de persévérer dans ses vices et dans ses fautes. D’ailleurs on ne doit jamais abuser en aucune façon de ce qui touche à Jésus-Christ et à son Eglise. Or ce serait abuser du Baptême, et le recevoir en vain, du moins en ce qui concerne la sanctification et le salut, que dé conserver, en le recevant, la volonté de vivre selon la chair et non pas selon l’esprit. toutefois, même avec cette disposition, on recevrait véritablement le caractère du Sacrement, pourvu que le Baptême fût administré régulièrement, et que l’on eût l’intention de recevoir ce que l’Eglise elle-même a l’intention de donner. Voilà pourquoi le Prince des Apôtres répondit à cette multitude d’hommes qui, nous dit l’Ecriture, étaient venus, le cœur contrit, lui demander, à lui et aux autres Apôtres, ce qu’ils avaient à faire (pour être sauvés) : Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le Baptême ; et dans un autre endroit: Repentez-vous, et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés. — De même Saint Paul, dans son épître aux Romains, fait voir clairement que celui qui est baptisé doit absolument mourir au péché. Voilà pourquoi il nous avertit de ne point abandonner nos membres au péché, comme des armes d’iniquités, mais de nous donner à Dieu, comme étant revenus de la mort à la vie.

Si les Fidèles savent méditer fréquemment ces Vérités, ils seront d’abord forcés d’admirer sans réserve la bonté infinie de Dieu, qui sans aucun mérite de notre part, et par la seule inspiration de sa miséricorde, a bien voulu nous accorder le bienfait si extraordinaire et si précieux du baptême. Et s’ils viennent ensuite à considérer combien doit être pure et éloignée de tout mal la vie de ceux qui ont reçu un présent si magnifique, ils n’auront aucune peine à comprendre qu’un vrai Chrétien doit passer tous les jours de sa vie aussi saintement, et avec autant de piété, que s’il venait seulement de recevoir ce jour-là le sacrement et la grâce du Baptême.

§ III. — DES EFFETS DU BAPTEME

Un des moyens les plus efficaces pour allumer dans le cœur des Chrétiens le feu du véritable amour de Dieu, c’est de leur expliquer avec soin les effets du Baptême. Il faudra donc revenir souvent sur ce sujet, afin qu’ils sachent bien que ce Sacrement les a élevés à un très haut degré de dignité, et qu’ils ne doivent jamais souffrir que les artifices, ou la violence de leurs ennemis les en fassent déchoir.

La première chose à leur apprendre sur ce point, c’est que tous. nos péchés, soit le péché originel qui nous vient de nos premiers parents, soit le péché actuel que nous commettons par notre propre volonté, — quand même ce péché dépasserait en malice tout ce qu’on peut imaginer, — tous nos péchés, disons-nous, nous sont remis et pardonnés par la vertu merveilleuse du Sacrement de Baptême. Longtemps avant Notre-Seigneur, Ezéchiel avait prédit cet effet: Je verserai sur vous une eau pure, dit Dieu Lui-même, par la bouche du Prophète, et vous serez purifiés de toutes vos souillures. Et l’Apôtre saint Paul, après avoir fait aux Corinthiens une longue énumération de diverses sortes de péchés, ajoute: C’est ce que vous avez été autrefois: mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés. Telle a été en effet, et manifestement, la doctrine constante de l’Eglise. Saint Augustin, dans son livre du Baptême des enfants, dit que par la qénération du Saint-Esprit, on obtient la rémission des péchés volontaires, avec celle du péché originel. Et saint Jérôme à Océanus: Tous les crimes, dit-il, sont pardonnés dans le Baptême. Et pour qu’il ne put rester aucun doute sur cette vérité, même après les définitions des autres Conciles, la sainte assemblée de Trente a prononcé l’anathème contre ceux qui oseraient penser autrement, et qui auraient la témérité de soutenir que la rémission des péchés par le Baptême n’est pas entière, et qu’ils ne sont pas absolument effacés et comme déracinés de l’âme, mais seulement coupés et rasés en quelques sortes, de manière que les racines en demeurent encore dans notre cœur. Car, pour employer les propres expressions du Concile, Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, parce qu’il n’y a aucune cause de condamnation dans ceux qui ont été véritablement ensevelis avec Jésus-Christ par le Baptême, pour mourir ait péché ; qui ne vivent plus selon la chair ; qui ont dépouillé le vieil homme ; qui se sont revêtus de l’homme nouveau qui a été créé selon Dieu ; et qui sont devenus innocents, purs, sans tache, et agréables à Dieu.

Cependant il faut le reconnaître, et le saint Concile l’a formellement décrété dans le même endroit, la concupiscence ou le foyer du péché subsiste encore chez les baptisés ; mais la concupiscence n’est point le péché. Saint Augustin enseigne que chez les enfants le Baptême remet la faute de la concupiscence, mais qu’il leur laisse la concupiscence, pour les exercer. Et ailleurs il dit positivement que la faute est détruite dans le Baptême, mais que la faiblesse reste. La concupiscence qui vient du péché n’est autre chose en effet qu’une inclination ou tendance de l’âme, essentiellement contraire à la raison ; mais cette tendance cependant est bien différente de la véritable nature du péché, quand il ne s’y joint ni consentement de la volonté pour la suivre, ni négligence pour la combattre. Et lorsque saint Paul a dit: « Je n’aurais pas connu la concupiscence, si la Loi ne m’avait dit: tu ne convoiteras pas » il a voulu parler, non des mouvements mêmes de la concupiscence, mais du vice de la volonté. Nous trouvons la même doctrine dans saint Grégoire: Si quelqu’un prétend, dit-il, que par le baptême les péchés sont remis seulement jusqu’à la surface, qu’y a-t-il de moins chrétien que cette opinion ? Car, par le sacrement de la Foi, l’âme, entièrement dégagée de ses fautes, n’est plus attachée qu’à Dieu. Puis, en preuve de ce qu’il affirme, il rapporte les paroles de Notre Sauveur dans saint Jean: Celui qui a été lavé, n’a plus besoin que de se laver les pieds, et il est pur dans tout le reste.

Si l’on veut une image sensible et une figure frappante de cette vérité, il n’y a à considérer ce que l’Ecriture rapporte de Naaman, le lépreux de Syrie. Après s’être baigné sept fois dans le Jourdain, il fut si parfaitement guéri que sa chair semblait être celle d’un enfant. Pareillement l’effet propre du Baptême est de nous remettre tous nos péchés, aussi bien le péché originel que ceux que nous avons commis par notre propre faute. C’est pour cette fin-là même que notre Sauveur l’a institué. Le Prince des Apôtres, pour n’en point citer d’autres, nous l’apprend formellement, quand il dit: Faites pénitence, et que chacun de vous reçoive le Baptême au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de ses péchés.

Et non seulement le Baptême remet tous les péché., priais grâce à l’infinie bonté de Dieu, il remet en même temps toutes les peines qui leur sont dues. Il est vrai que les Sacrements ont la vertu de nous communiquer les mérites de la Passion de Jésus-Christ. Mais c’est du Baptême que l’Apôtre a dit que par lui nous mourons et sommes ensevelis avec Jésus-Christ. Voilà pourquoi la sainte Eglise a toujours compris qu’on ne pouvait, sans faire une très grande injure à ce Sacrement, imposer à celui qui doit le recevoir et être purifié par lui, ces œuvres de piété que les saints Pères appellent communément des œuvres satisfactoires. Et ce que nous disons ici n’a rien de contraire à l’usage de la primitive Eglise, qui ordonnait aux Juifs. lorsqu’ils recevaient le Baptême, de jeûner pendant quarante jours. Ce jeune n’avait point rapport à la satisfaction ; mais c’était un moyen de rappeler à ceux qui recevaient le Baptême, que par respect pour la dignité de ce Sacrement, ils devaient se livrer sans interruption pendant quelque temps au jeûne et à la prière.

Mais s’il est absolument certain que le Baptême remet toutes les peines dues aux péchés, cependant il n’exempte point de ces châtiments que les tribunaux humains infligent aux grands criminels. Ainsi celui qui aurait mérité la mort ne pourrait se soustraire par le Baptême au supplice ordonné par la loi. Mais on ne saurait trop louer la religion et la piété de ces princes qui, pour faire éclater davantage la gloire de Dieu dans ses Sacrements, accorderaient sa grâce au coupable en cette circonstance, et lui remettraient sa peine.

De plus le Baptême, après le court passage de cette vie, nous délivre de toutes les peines qui sont dues au péché originel. C’est une grâce que la mort de Jésus-Christ nous a méritée. Comme nous l’avons dit plus haut, par le Baptême nous mourons avec Jésus-Christ ; or, dit l’Apôtre, si noirs sommes entés en Lui, par la ressemblance de sa Mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa Résurrection.

Pourquoi donc, dira peut-être quelqu’un, ne sommes-nous pas, aussitôt après le Baptême, et dès cette vie mortelle, délivrés de tous les inconvénients qui l’accompagnent et rétablis par la vertu de l’ablution sacrée dans cet état de dignité et de perfection, où Adam le père du genre humain avait été placé avant son péché ? nous pouvons donner de ce fait deux principales raisons

La première, c’est que nous sommes unis au corps de Jésus-.Christ, et que nous en devenons les membres par le Baptême. Or il ne convenait pas de nous accorder plus de privilèges qu’à notre Chef lui-même. Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout en possédant dés le premier instant de sa conception, la plénitude de la Grâce et de la Vérité, n’a point déposé pour cela la fragilité de la nature humaine qu’il avait prise, avant d’avoir enduré les tourments de sa Passion et de sa Mort, et avant de s’être ressuscité Lui-môme à la vie glorieuse de l’immortalité. Dès lors, qui pourrait s’étonner de voir les Fidèles, qui possèdent déjà par le Baptême la grâce de la justice céleste, continuer de vivre encore dans une chair périssable et fragile ? Quand ils auront supporté pour Jésus-Christ toutes sortes de peines et de travaux, quand ils auront subi la mort, et qu’ils seront ensuite revenus à la vie, alors ils seront dignes de jouir avec Lui de l’éternité bienheureuse.

La seconde raison qui a fait laisser en nous après le Baptême l’infirmité du corps, les maladies, le sentiment de la douleur et les mouvements de la concupiscence, c’est que Dieu voulait nous ménager comme une ample moisson de mérites de toute sorte, et par ce moyen, nous faire obtenir un jour des fruits plus abondants de gloire, et de plus magnifiques récompenses. Si nous souffrons patiemment toutes les misères de la vie, si avec l’aide de Dieu, nous soumettons les affections déréglées de notre cœur à l’empire de la raison, nous avons le droit d’espérer fermement, avec l’Apôtre, que, ayant bien combattu, achevé notre course et conservé la Foi, le Seigneur nous réservera la couronne de justice, et que ce juste Juge nous la rendra au dernier jour. C’est de la même manière que Dieu semble avoir agi avec les enfants d’Israël. Il les délivra de la servitude d’Egypte, de la poursuite de Pharaon et de son armée, qu’Il précipita dans la mer ; et cependant Il ne les introduisit point immédiatement dans l’heureuse terre de la promesse ; mais auparavant, Il les fit passer par plusieurs épreuves, et les exposa à de nombreux périls. Et plus tard, lorsqu’Il les mit en possession de la terre promise, Il chassa, il est vrai, de cette terre la plupart de ses habitants, mais II y conserva cependant quelques nations, qu’on ne put jamais détruire, afin que le peuple de Dieu eût sans cesse l’occasion d’exercer son courage, et sa vertu guerrière.

Joignons à cela que si le Baptême, tout en ornant l’âme des dons célestes, procurait en même temps les biens du corps, plusieurs probablement voudraient le recevoir. plutôt à cause de ces avantages temporels et présents, que par l’espérance de la gloire future. Et cependant les biens que le Chrétien ne doit jamais perdre de vue, ne sont pas ces biens faux et incertains qui se voient, mais les biens véritables et éternels qui ne se voient pas.

Toutefois, la vie présente, si remplie de misères qu’elle soit, n’est pas sans joies et sans douceurs. Pour nous en effet, qui sommes comme des branches entées sur Jésus-Christ par le Baptême, que peut-il y avoir de plus doux, et de plus désirable, que de prendre la croix sur nos épaules, de suivre notre Sauveur comme un chef, sans nous laisser ni rebuter par la fatigue, ni arrêter par les dangers, et de tendre sans cesse de toutes nos forces à la récompense céleste à laquelle Dieu nous appelle, pour recevoir de sa main, ceux-ci le laurier de la virginité, ceux-là, la couronne de la science et de la prédication, les uns la palme du martyre, les autres enfin les récompenses dues à leurs vertus ? Or, tous ces titres et tous ces insignes ne pourraient nous être accordés, si auparavant nous ne nous étions point exercés dans la carrière de cette vie si pénible, et si nous n’avions pas remporté la victoire dans le combat.

Pour en revenir aux effets du Baptême, il faudra expliquer que ce Sacrement, non seulement nous délivre, par la vertu qui lui est propre, de tout ce que l’on peut vraiment appeler les maux, mais qu’il nous enrichit encore des biens et des dons les plus précieux. Ainsi il remplit notre âme de cette Grâce divine qui nous rend justes, et nous fait enfants de Dieu, héritiers du salut éternel. Car, comme il est écrit: celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé ; et l’Apôtre affirme que l’Eglise a été Purifiée par le Baptême de l’eau par la parole. Or, d’après le décret du Concile de Trente, qui nous oblige de le croire sous peine d’anathème, la grâce reçue dans le Baptême n’efface pas seulement nos péchés, mais elle est encore comme une qualité divine qui s’attache à l’âme, c’est comme un rayon, une lumière qui en absorbe toutes les taches, et qui la rend plus belle et plus brillante. Cette vérité se déduit aussi très clairement de l’Ecriture sainte, lorsqu’elle dit que « la grâce est répandue dans nos cœurs, et qu’elle est un gage du Saint-Esprit. »

Mais cette grâce que le Baptême communique est accompagnée du glorieux cortège de toutes les vertus qui, par un don spécial de Dieu, pénètrent dans l’âme en même temps qu’elle. L’Apôtre écrivait à Tite: « Dieu nous a sauvés par l’eau de la régénération et du renouvellement du Saint-Esprit, qu’Il a répandu sur nous avec abondance, par Jésus-Christ notre Sauveur. » Et Saint Augustin affirme que ces paroles, Il a répandu en abondance, doivent s’entendre de toute la rémission des péchés et de l’abondance de toutes les vertus.

Le Baptême nous unit aussi et nous attache à Jésus-Christ comme des membres à leur chef. C’est la tête qui communique à chaque partie du corps la force et le mouvement nécessaires pour remplir les fonctions oui lui sont propres. De même aussi c’est de la plénitude de notre Seigneur Jésus-Christ que se répand sur tous ceux qui sont justifiés, cette Vertu, cette Grâce divine qui nous rend capables d’accomplir tous les devoirs de la Piété chrétienne.
Et personne ne doit trouver étrange qu’avec une aussi grande abondance de vertus qui viennent orner et fortifier notre âme, nous ne puissions cependant commencer. ou du moins achever aucune bonne œuvre, sans les peines et les difficultés les plus grandes. Ce n’est pas que Dieu dans sa bonté ne nous ait accordé réellement les vertus qui engendrent les bonnes œuvres. Mais c’est crue, même après le Baptême, la lutte acharnée de la chair contre l’esprit n’est pas finie. Au contraire. Et il serait indigne d’un Chrétien de se décourager dans cette lutte, ou de se laisser abattre. S’il s’appuie sur la bonté de Dieu, et s’il s’applique chaque jour à bien vivre, il doit garder dans son cœur l’espérance certaine que bientôt il trouvera facile et agréable tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint. Méditons souvent ces saintes pensées, pratiquons avec joie ce qu’elles nous enseignent, et le Dieu de la paix sera avec nous.

En outre le Baptême imprime dans notre âme un caractère ineffaçable. Mais nous n’avons plus besoin d’en parler ici. Car nous avons développé plus haut, en traitant des Sacrements en général, toutes les explications qui se rapportent à cet objet. II est facile de les y trouver. Cependant, comme c’est en se fondant sur la nature et la vertu de ce caractère que l’Eglise a décidé que le Baptême ne pouvait jamais être réitéré, les Pasteurs ne négligeront pas de le rappeler souvent aux Fidèles, afin de prévenir toute erreur à cet égard. Au reste, cette doctrine est celle que professe l’Apôtre dans ces paroles: « il n’y a qu’un Seigneur, une Foi, un Baptême. » Ensuite quand il exhorte les Romains à conserver soigneusement la vie, qu’ils ont reçue de Jésus-Christ, en mourant avec Lui par le Baptême, ce qu’il ajoute , si Jésus-Christ est mort pour le péché, il n’est mort qu’une fois, ne semble-t-il pas vouloir dire ouvertement que si Jésus-Christ ne peut mourir une seconde fois, il ne nous est pas permis non plus à nous-mêmes de mourir deux fois par le Baptême.

Aussi la Sainte Eglise fait-elle publiquement profession de n’admettre qu’un seul Baptême. Et pour trouver cette doctrine absolument conforme à la raison et à la nature de ce Sacrement, il suffit de se rappeler que le Baptême est une régénération spirituelle. De même que selon l’ordre de la nature nous ne naissons et ne venons au monde qu’une seule fois, de même encore, pour parler le langage de Saint Augustin, qu’il est impossible de rentrer dans le sein de sa mère, ainsi il ne peut y avoir non plus qu’une seule génération spirituelle, et dans aucun cas, le Baptême ne peut être renouvelé.

Et que personne ne s’imagine que l’Eglise le renouvelle, lorsque dans l’incertitude si le Baptême a eu lieu, elle fait l’ablution sacrée, en disant: si tu as été baptisé, je ne te baptise pas de nouveau, mais si tu ne l’as pas été, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ce n’est point là recommencer le Baptême d’une manière criminelle, c’est au contraire remplir un devoir très saint que de l’administrer ainsi sous condition.

Cependant les Pasteurs ont quelques précautions à prendre sur ce point, pour éviter des fautes journalières qui sont très contraires au respect dû au Sacrement. Ainsi, il en est qui ne croient pas commettre la moindre faute en baptisant sous condition tous ceux qu’on leur présente indistinctement. Si on leur apporte un enfant, ils ne songent point du tout à s’informer, s’il a été baptisé auparavant, mais ils le baptisent eux-mêmes sur le champ. Bien plus, s’ils savent que le Sacrement a été administré à la maison, ils n’hésitent point à réitérer l’Ablution sainte, en y joignant les cérémonies prescrites. Cependant ils ne sauraient agir ainsi sans faire un sacrilège, et sans contracter cette indignité que les Auteurs ecclésiastiques appellent une irrégularité. Le Pape Alexandre n’autorise cette manière de baptiser qu’à l’égard de ceux sur le Baptême desquels, après un examen attentif, il reste encore quelque doute. Dans tous les autres cas, il n’est lainais permis d’administrer de nouveau ce Sacrement, même sous condition.

Enfin après tous les avantages que nous retirons du Baptême, il en est un dernier auquel tous les autres se rapportent, c’est de nous ouvrir la porte du ciel, que le péché nous tenait auparavant fermée. Au reste, ces effets que nous attribuons à l’efficacité du Baptême, nous pouvons parfaitement les inférer de ceux qui, au témoignage de l’Evangile, se manifestèrent au Baptême de Notre-Seigneur. Les cieux s’ouvrirent alors, et l’on vit le Saint-Esprit descendre sur Jésus-Christ sous la forme d’une colombe. Ce prodige signifiait que ceux qui sont baptisés reçoivent les dons du Saint-Esprit, et que la porte du ciel leur est ouverte, non à la vérité pour qu’ils entrent dans la jouissance de la gloire céleste, immédiatement après leur Baptême,. mais quand le temps sera venu ; c’est-à-dire, lorsque délivrés de toutes les misères terrestres, qui ne sauraient atteindre la vie des bienheureux, ils se dépouilleront de leur condition mortelle, pour jouir de l’immortalité.

Tels sont les effets du Baptême. A ne considérer que la vertu du Sacrement, ils sont, sans aucun doute, les mêmes pour tous. Mais si l’on s’arrête aux dispositions de ceux qui le reçoivent, il est bien certain que chacun en tire une grâce céleste, et des fruits plus ou moins abondants, suivant l’état particulier de son cœur.

§ IV. — DES PRIERES ET DES CEREMONIES DU BAPTEME

Il ne nous reste plus maintenant qu’à parler en peu de mots et d’une manière claire, des Prières, des Rites et des Cérémonies du Baptême. Ce que l’Apôtre dit du don des langues qu’il est inutile quand les Fidèles ne comprennent pas ce que l’on dit, peut s’appliquer presque aussi bien aux Rites et aux Cérémonies du Baptême. Ce sont là en effet les signes et l’image visible des effets invisibles de ce Sacrement. Mais si les fidèles ignorent le sens et la portée de ces signes, on ne voit plus guère à quoi les Cérémonies peuvent être utiles. Il faut donc que les Pasteurs travaillent à les faire bien comprendre, et à persuader aux Chrétiens que si elles ne sont pas absolument nécessaires, elles sont cependant très importantes, et dignes de toute notre vénération. C’est de quoi il est aisé de les convaincre en leur rappelant et l’autorité de ceux qui les ont établies, (et qui ne sont autres que les Apôtres), et la fin pour laquelle elles ont été instituées. Elles nous portent en effet à administrer le Baptême plus religieusement, et plus saintement ; elles placent pour ainsi dire sous nos yeux les effets admirables et les dons divins renfermés dans ce Sacrement ; enfin elles impriment plus fortement dans nos cœurs le souvenir des immenses bienfaits de Dieu.

Mais pour mettre un certain ordre dans leurs explications, et pour aider en même temps la mémoire de leurs auditeurs, les Pasteurs devront ramener à trois catégories toutes les Cérémonies et toutes les Prières dont l’Eglise se sert dans l’administration du Baptême. La première renfermera les Cérémonies qui ont lieu avant que l’on soit arrivé aux Fonts, la seconde celles qui se pratiquent aux Fonts mêmes, et la troisième celles qui suivent l’administration du Sacrement.

En premier lieu, il faut préparer l’eau que l’on doit employer dans le Baptême. On la consacre en y mêlant l’huile de l’Onction mystique, mais cette consécration ne se fait point dans tous les temps. Selon la coutume de nos ancêtres, on attend pour cela certains Jours de Fêtes qui passent à bon droit pour les plus saints et les plus solennels de l’année. C’est aux vigiles de ces Fêtes que l’on bénit l’eau de l’Ablution sacrée ; et même autrefois, dans la primitive Eglise, le Baptême n’était administré que ces jours-là, quand la nécessité n’obligeait point d’agir autrement. Et quoique l’Eglise n’ait pas jugé à propos de conserver cet usage, à cause des dangers habituels de la vie, cependant elle a toujours religieusement gardé la coutume de ne bénir l’eau et les Fonts du Baptême, que dans les saints jours de Pâques et de la Pentecôte.

Après cette bénédiction de l’eau, il faut expliquer les autres Cérémonies qui précèdent immédiatement le Baptême. On apporte, ou l’on conduit ceux qui doivent être baptisés, aux portes de l’église ; et là on les oblige à s’arrêter, parce qu’ils sont indignes d’entrer dans la Maison de Dieu, tant qu’ils n’ont pas brisé le joug de l’esclavage le plus honteux, et qu’ils ne se sont pas consacrés entièrement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à son très légitime empire. Alors le Prêtre leur demande ce qu’ils désirent de l’Eglise. Sur leur réponse, il les instruit d’abord de la Foi Chrétienne dont ils doivent faire profession au Baptême. Cette instruction se fait sous forme de catéchisme. On ne peut douter que cette coutume ne soit un effet du commandement même que fit notre Sauveur aux Apôtres, quand Il leur dit : « Allez par tout le monde, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que Je vous ai commandé. » Ces paroles font bien voir qu’il ne faut pas administrer le Baptême, avant d’avoir exposé, au moins en abrégé, les principaux articles de notre sainte Religion.

Or cette instruction se faisant par manière de catéchisme, c’est-à-dire, par une suite de plusieurs interrogations, les réponses doivent être données par celui qui veut être baptisé, s’il est adulte, et, s’il est enfant, par le répondant ou Parrain, qui s’engage solennellement pour lui.

Vient ensuite l’Exorcisme, qui a pour objet de chasser le démon, de détruire ses forces, et d’affaiblir son pouvoir ; il consiste en prières et en Formules sacrées et religieuses.

A l’Exorcisme se joignent d’autres Cérémonies, qui, pour être mystiques, n’en ont pas moins une signification propre et très claire. Ainsi le sel que l’on met dans la bouche de celui que l’on baptise, signifie évidemment que par la profession de la Foi et par le don de la Grâce il va être délivré de la corruption de ses péchés, prendre le goût des œuvres saintes, et aimer à se nourrir de la divine Sagesse. — ensuite on fait le signe de la Croix sur son front, sur ses yeux, sur sa poitrine, sur ses épaules et sur ses oreilles, pour montrer que l’effet du Baptême est d’ouvrir et de fortifier les sens, afin que le Chrétien puisse recevoir Dieu en lui, comprendre ses Commandements et les observer. Aussitôt après on lui met de la salive sur les narines et sur les oreilles, et on l’introduit aux Fonts baptismaux. Cette cérémonie nous rappelle l’aveugle de l’Evangile sur les yeux duquel Notre-Seigneur mit un peu de boue faite avec de la salive, et qu’Il envoya ensuite se laver dans la piscine de Siloe, où il recouvra aussitôt la vue. Ainsi telle est la vertu de l’eau sacrée du Baptême, qu’elle éclaire notre âme d’une Lumière céleste et lui fait comprendre la doctrine sainte du Salut.

Ces préliminaires achevés, on se rend aux Fonts. Là, on accomplit encore d’autres Rites et d’autres Cérémonies, qui comprennent en abrégé les obligations imposées au Chrétien. D’abord le prêtre demande par trois fois, à celui qui va être baptisé: « Renoncez-vous à Satan, à toutes ses œuvres, et à toutes ses pompes ? » et à chaque demande il répond, lui, ou le Parrain en son nom: « Oui, j’y renonce. » Ainsi donc celui qui se consacre au service de Jésus-Christ doit promettre en premier lieu, avec toute la sincérité et toute la religion possibles, d’abandonner le démon et le monde, et désormais de les regarder sans cesse comme ses plus cruels ennemis. Puis, le Prêtre l’arrête devant les Fonts sacrés, et lui fait cette question « Croyez-vous en Dieu le Père tout Puissant ? » Il répond « Oui, j’y crois. » Interrogé de même sur chacun des autres Articles du Symbole, il fait une profession solennelle de Foi, profession qui, avec la promesse précédente, contient certainement toutes les obligations et tous les principes de la Loi chrétienne.

Mais lorsque le moment d’administrer le Baptême est enfin arrivé, le Prêtre lui demande s’il veut être baptisé. Sur l’affirmation qu’il en donne lui-même, ou que le Parrain donne en son nom, s’il ne parle pas encore, aussitÔt on fait couler sur lui l’eau salutaire, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. L’homme n’avait été si justement condamné que pour avoir volontairement obéi au serpent, ainsi Notre-Seigneur n’a voulu inscrire au nombre des siens que le soldat de bonne volonté qui mériterait le salut éternel, en obéissant de son plein gré à ses divins Commandements.

Le Baptême étant achevé, le Prêtre fait sur le haut de la tête du baptisé une onction avec le saint Chrême, afin qu’il sache que dès ce moment il est uni et attaché à Jésus-Christ, comme un membre à son chef, qu’il vient d’être enté sur son Corps, et que son nom de Chrétien lui vient de Christ, comme celui de Christ vient de chrême.

Quant à la signification du saint Chrême, elle se révèle très bien, dit Saint Ambroise , dans la Prière que fait alors le Prêtre.

Il revêt le nouveau baptisé d’une robe blanche, en disant: « Recevez cet habit blanc, et portez-le sans souillure ou tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que vous obteniez la Vie éternelle. » Aux enfants qui ne portent pas encore la robe, on donne un petit linge blanc, qu’on leur met sur la tête, en prononçant les mêmes paroles. Ce symbole représente tout à la fois, selon les Saints Docteurs, la gloire de la Résurrection, pour laquelle nous venons de naître par le Baptême ; l’éclat et la beauté dont ce Sacrement orne notre âme après l’avoir purifiée des souillures du péché ; et enfin l’innocence et l’intégrité des mœurs, que le nouveau baptisé doit conserver toute sa vie.

Puis, on lui met à la main un cierge allumé. C’est la figure de la Foi embrasée par la Charité, qui lui a été communiquée par le Baptême, et qu’il doit ensuite entretenir et augmenter par la pratique des bonnes œuvres.

Enfin, on donne un nom au baptisé, mais ce nom, on doit toujours l’emprunter à un personnage que sa piété et ses vertus éminentes ont fait placer au nombre des Saints. La ressemblance du nom le portera à imiter sa justice et sa sainteté ; et non seulement il l’imitera, mais encore il voudra l’invoquer comme un Protecteur et un Avocat auprès de Dieu, qui l’aidera à sauver tout ensemble, et son âme et son corps.

On doit donc blâmer fortement ceux qui affectent de donner aux enfants des noms de personnages païens, et particulièrement de ceux qui ont été les plus impies. Ils font bien voir par là le peu d’estime et de respect qu’ils ont pour la Piété chrétienne, puisqu’ils prennent plaisir à rappeler la mémoire de ces hommes mauvais, et qu’ils veulent que les Fidèles aient continuellement les oreilles frappées de ces noms profanes.

Si les Pasteurs ont soin d’expliquer tout ce que nous venons de dire du Sacrement de Baptême, ils n’auront pas de peine à voir qu’il ne manque rien d’essentiel à l’instruction des Chrétiens sur cette matière. En effet nous avons montré ce que signifie le nom de ce Sacrement, quelle est sa nature et son essence, et de quelles parties il se compose. nous avons dit par qui il a été institué, qui sont ceux qui peuvent et qui doivent l’administrer, et quelles personnes il faut admettre comme guides pour soutenir la faiblesse des nouveaux baptisés. nous avons dit aussi à qui le Baptême peut être donné, quelles doivent être les dispositions de ceux qui le reçoivent, quelle est sa vertu et son efficacité. Enfin nous avons expliqué, autant que notre sujet le demandait, les Rites et les Cérémonies qui en accompagnent l’administration. Et la raison principale qui oblige les Pasteurs à ne point négliger l’enseignement de ces vérités, c’est qu’elles doivent faire l’objet continuel des pensées et de la sollicitude des Chrétiens, qui voudront rester fidèles aux promesses solennelles et sacrées de leur Baptême, et mener une vie qui réponde è la profession si sainte du nom qu’ils ont l’honneur de porter.

 

Imprimatur donnée à Tournai, le 17 juillet 1923 pour l’édition de Desclée et Cie.

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